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Colloque national sur “le rôle des étudiants dans le mouvement national et la guerre de libération nationale”


Allocution du Président de la République

08 novembre 2005

Chers frères et sœurs,
Mesdames et Messieurs, 
  

      
Permettez-moi tout d'abord, de présenter mes vifs remerciements à tous  ceux qui ont contribué à la tenue de cette rencontre à laquelle ils ont eu l'amabilité  de m'inviter pour partager avec vous la joie des retrouvailles, dont seuls les  compagnons d'armes perçoivent la saveur.     
C'est pour moi un motif supplémentaire de bonheur car la tenue de cette  rencontre revêt une double importance tant il est vrai qu'elle coïncide avec la célébration, par le peuple algérien, du cinquantenaire du déclenchement  de sa glorieuse guerre de Libération.       
Heureuse est aussi cette célébration de deux anniversaires pour rappeler l'adhésion totale de l'UGEMA au parcours laborieux d'émancipation, que le peuple  algérien a entamé pour que cessent l'occupation étrangère, le despotisme politique et l'aliénation culturelle sous toutes ses formes. Notre rassemblement aujourd'hui ne saurait être qu'un évènement majeur marquant notre célébration de cet anniversaire mémorable, celui de la création de l'UGEMA, à laquelle nous avons été soit acteurs, soit témoins, ou alors compagnons  dans le même combat.
C'est pour moi aussi un évènement de grande importance,  notamment pour les jeunes générations de l'indépendance, tant ces dernières restent attachées à la mémoire de leurs ancêtres et de leur passé.    
Je saisis l'occasion, également, pour m'incliner à la mémoire de ceux qu'on a perdus au cours de la guerre de libération, tout en adressant les hautes  marques d'estime et de considération à ceux qui demeurent fidèles à ce passé  glorieux.       
Faut-il rappeler que la création, il y a un demi-siècle, d'une organisation pour rassembler en son sein nos étudiants à l'heure de la guerre de libération  marquait un évènement politique saillant, qui intervenait au moment où la glorieuse  Révolution algérienne battait son plein.      
Le 4 juillet 1955, nos jeunes étudiants venaient de graver leur empreinte sur les pages de l'histoire, tant la création de l'UGEMA alors s'imposait comme un symbole dans l'histoire du siècle, celui d'un peuple combattant qui  s'est soulevé pour proclamer haut et fort l'individuation de son identité nationale et sa détermination à imposer la reconnaissance de sa souveraineté sur sa terre.  Si cette organisation regroupant l'élite universitaire algérienne naquit sous  le slogan « Toujours pour la nation » pour rallier ses membres à la longue  caravane des « Artisans de l'emblème national », pour consacrer l'expression de  notre valeureux auteur Malek Haddad (Dieu lui accorde Sa Miséricorde).
 Son  avènement se voulait la consécration de la mémoire de nos ancêtres héroïques.  L'UGEMA était également porteuse des aspirations et des idéaux de l'union et  de la cohésion de la société algérienne.     
Fussent-ils à Alger, à Paris, à Tunis ou à Fès, les étudiants algériens  en quête de savoir, dans les pays arabes ou étrangers, ont solennellement démontré,  devant Dieu et les hommes, que les stratagèmes d'aliénation et de déracinement  ne peuvent avoir raison de leur entité individuelle et collective, encore moins  dissuader notre aspiration à arracher notre liberté spoliée et recouvrer notre  souveraineté et l'indépendance nationale, dont l'occupant nous a sevré. Ainsi,  et face à un régime colonial voulant l'enterrer, l'Algérie a relevé le défi  et pris son essor, forçant l'admiration du monde entier, à partir d'une  terre dont le régime colonial voulait dénaturer l'identité civilisationnelle  et culturelle pour la réduire à la plus simple expression parodique de traditions  futiles.

Mesdames et Messieurs 

         
La conscience politique dont faisaient montre les leaders du mouvement  estudiantin algérien était la conséquence du rejet de la logique coloniale,  qui en visant à resserrer son étau sur l'Algérie, croyait susciter auprès de certaines catégories du peuple le soutien nécessaire à son entreprise usurpatrice.
 En fait, ce ne fut qu'une chimère à laquelle ne pouvaient s'accrocher que ceux qui militaient pour des causes vouées inéluctablement à l'échec. C'est ainsi que le savoir dont la finalité originelle est d'inculquer à l'homme les vertus  de la liberté, de l'amitié, de la fraternité et de l'indépendance, a été confisqué  à l'heure où la résistance farouche du peuple algérien faisait rage face aux  tentatives de déculturation.
Le colonialisme a trouvé dans le savoir un moyen de chantage, d'apprivoisement, de domptage, d'oppression, voire un instrument  d'aliénation par excellence, autant de moyens et de desseins qu'il a osé utiliser,  croyant pouvoir déraciner l'élite nationale et l'amener à rompre ses liens avec  son peuple.         
En dépit des idéaux dont ils se sont imprégnés, du savoir et des valeurs  qu'ils ont acquis, rejetant toute forme de discrimination ou de domination d'un  peuple par un autre, et faisant de l'égalité et la fraternité entre les peuples  un sacerdoce, les étudiants algériens étaient invités, contre toute logique,  à éviter de faire cas de la pertinence et encore moins de l'authenticité de ces mêmes vertus, alors que celles-ci ne pouvaient tout naturellement qu'être en faveur de la cause juste du peuple algérien.      
Le colonialisme n'a pas tardé à s'apercevoir de la gravité de son erreur,  lorsqu'il assistât impuissant à l'émergence remarquable de nos étudiants sur  la scène internationale, animés par une conception d'un ordre mondial humanisé.  Ces facteurs importants ont renforcé notre volonté inébranlable à faire front à un colonialisme que nous avons pu défaire. Ces facteurs qui s'inscrivaient en droite ligne dans la logique de « la revendication d'appartenance » définie  par le philosophe français Régis Debray dans son ouvrage intitulé Critique  de l'esprit politique.
 La consistance des textes constitutifs de notre organisation  estudiantine témoigne de cette vision historique, politique et éthique dont  étaient empreintes les créations collectives majeures. Par ailleurs, les débats très animés caractérisés par la vigueur de la jeunesse ainsi que par une  maturité inhabituelle ont eu le mérite de faire épanouir les potentialités de  la culture nationale, qui faisait l'objet d'une destruction programmée et mise en branle par le régime colonial.    
Le verbe est trop faible pour décrire ces jours mémorables. Ce fut une infime minorité, quelques centaines d'étudiants qui dévoilaient et mettaient  en échec tous les complots visant à étouffer les espoirs du peuple algérien  à l'émancipation, à la liberté et à se débarrasser du joug du colonialisme abject,  et à enterrer l'aspiration du peuple algérien à la citoyenneté algérienne totale,  à la faveur de la renaissance d'un Etat algérien moderne, jouissant de sa pleine  souveraineté.      
Pour les étudiants algériens, il était tout à fait évident que l'Etat  algérien moderne, dont la naissance  viendrait couronner notre lutte pour l'indépendance  nationale, ne pouvait être qu'un Etat bannissant toute discrimination ou iniquité  entre ses citoyens et citoyennes, des citoyens qui travailleront à l'unisson  sous l'égide de l'ensemble des institutions régissant la vie de leur patrie.     
L'UGEMA, de par les circonstances de sa création et son parcours, constitue un acteur essentiel dans l'écriture de l'histoire de notre Révolution, dont  nous nous attelons à en évaluer les étapes franchies à l'occasion de la célébration  de son cinquantenaire. 
Les textes relatifs aux théories de l'Union Générale des Etudiants  Musulmans Algériens en 1955 et 1956 font, réellement et légalement, partie des  archives attestant de la lutte pour la libération en ce sens qu'ils permettent de comprendre la revendication de l'essentiel et d'expliquer la démarche  visant à lui conférer une signification. Il s'agit-là du préambule des analyses judicieuses de Frantz Fanon concernant les tentatives du colonialisme d'aliéner  la conscience nationale, dans son ouvrage Les Damnés de la terre qui restera  étroitement lié aux développement de la Révolution de Novembre.     
Ces textes mettent à nu les thèses racistes développées par l'école  coloniale de l'analyse psychologique du professeur Porot selon lesquelles  « la vie de l'autochtone de l'Afrique du Nord est dominée par des stimulations  bicéphales », autrement dit il ne disposerait ni de cortex ni de cerveau.      
De même qu'ils condamnent le décret Camille Chautemps de 1938 proclamant  l'arabe langue étrangère en Algérie.   Nous pouvons y lire des pages passionnantes sur l'engagement militant  pour la culture nationale sans toutefois éviter, conformément aux principes  du Président Wilson relatifs au droit des peuples de disposer d'eux-mêmes, ce qui est sacré et historique comme l'ont fait de prestigieux aïeux tels l'émir  Khaled et cheikh Abdelhamid Ben Badis.    
Ces textes, désormais historiques, traitent de manière profonde de tous les sujets relatifs à la dépersonnalisation et à l'aliénation des constituants de l'identité nationale. Ils représentent ainsi une Algérie  magique qui affronte une agression extérieure, une Algérie qui s'affirme par  la perfection de sa richesse anthropologique, une Algérie tournée vers l'universalité  tout en définissant ses propres frontières dans ces moments tragiques où le devenir du pays était compromis.     
Ce sont-là des textes qui ont fait l'objet de débats passionnés ayant abouti à la création de l'UGEMA et à la décision d'en faire une Union Générale  des Etudiants Musulmans Algériens au lieu d'une simple Union Générale  des Etudiants Algériens et ce, partant du double impératif de définir l'identité  du peuple algérien et d'affirmer son existence et sa pérennité à travers l'histoire.     
Les références citées et soulignées en ce jour d'anniversaire de la création de l'UGEMA montrent le caractère sensible des débats que nos étudiants  ont eu à mener et dans lesquels ils ont eu à trancher pour donner à leur organisation nationale l'appellation qui lui permet d'avoir sa place dans notre histoire.    
Il faut dire également que la polémique et la controverse qui ont précédé la création de l'UGEMA ne dénotaient guère d'un différend entre  étudiants, mais qu'ils s'agissaient de débats houleux pour s'inscrire dans le  contexte des luttes par lesquelles notre peuple a balisé la route menant au  déclenchement de la guerre de Libération nationale, au recouvrement de sa souveraineté  et à la résurrection de sa nation dans toute son identité culturelle, enracinée dans son histoire millénaire.
 
Mesdames, Messieurs,

          
L'UGEMA s'est imposée, quelques mois seulement après sa naissance, comme  seule et unique Union à même de représenter tous les étudiants algériens. Toutefois,  il importe de souligner dans ce contexte que l'élan national qui a accompagné l'émergence de l'UGEMA en 1955 a été constaté auparavant entre 1953 et 1954  avec la création, ou la redynamisation, des associations des lycéens musulmans.  Des associations qui ont joué, plus tard, un rôle éminent dans l'engagement des  jeunes lycéens aux côtés du peuple algérien.     
L'élan fut tel que les statuts de l'UGEMA ont été modifiés pour élargir  le droit d'adhésion aux étudiants musulmans algériens en classe de terminale  dans tous les lycées et instituts.     
Il est évident que la création de l'UGEMA et la vitesse par laquelle  elle est devenue l'union de tous les étudiants algériens ne peuvent être dissociées du contexte que connaissait alors la scène politique algérienne et des étapes  concrètes qu'avaient franchies la Révolution de Novembre.           Le Front de Libération Nationale, tout en se consacrant à la poursuite des efforts déployés pour asseoir ses propres structures tant à l'intérieur  qu'à l'extérieur, suivait de très près les activités de nos étudiants et soutenait,  politiquement et moralement, la constitution de l'UGEMA.
 De même qu'il appuyait  les choix intellectuels qui ont conduit à la création de cette Union. Les étudiants algériens ont reçu le jour de l'ouverture du congrès constitutif de l'UGEMA le soutien fraternel, chaleureux et ferme de leurs homologues maghrébins :  les frères tunisiens à travers leur organisation nationale, l'Union Générale  des Etudiants Tunisiens et les frères marocains qui n'avaient pas encore créé leur organisation nationale et ce, à travers un message lu sur place par des  étudiants militants du parti El Istiqlal, fer de lance de la résistance marocaine  face à l'occupation coloniale. C'étaient là les forces vives de l'édification  maghrébine, tant souhaitée.       
  La création de l'UGEMA a été également saluée à l'ouverture de son congrès  constitutif par l'Association des Etudiants Musulmans d'Afrique du Nord en  France, la Fédération des Etudiants Noirs de France, l'Union Nationale des Etudiants  de France et la Fédération des Etudiants Socialistes Français.      
C'est ainsi que s'ouvrit devant l'Union algérienne la voie vers la renommée  internationale, et que notre élite universitaire accéda à la scène de l'internationalisation  de la cause algérienne pour qui la conférence de Bandung a été le point de départ.

Mesdames, Messieurs,


Je me dois de dire, en toute franchise et sincérité, aux organisations  estudiantines actuelles que l'Union générale des étudiants musulmans algériens  fut et demeure le flambeau qui guide l'étudiant sur la voie du patriotisme et  du sérieux dans le travail, pour concrétiser les espoirs que porte l'Algérie  sur sa jeunesse consciente et cultivée. Ceux qui seront guidés par la lumière  de ce flambeau seront doublement rétribués et ceux qui ne le sont pas ne seront  rétribués qu'une fois.
Que Dieu vous bénisse, même si vous servez de différentes  manières votre pays, qui demeure notre seul refuge et ô combien cher à nos cœurs.

Mesdames, Messieurs,


Au début de l'insurrection des premières avant-gardes de Novembre  1954, qui ont sorti le projet de libération de la nation du tiroir dans lequel  les partis l'avaient remisé, et l'ont soustrait à la lutte pour les tribunes  et aux programmes et autres discours pompeux, pour hisser l'étendard de  la libération du joug de l'oppression et de la tyrannie de l'occupant, le destin de la nation commençait alors à se décider dans les villes, les champs,  les montagnes et les déserts, pour ouvrir le rideau sur les actes d'une épopée qui avait la nation pour espace et le peuple pour héros.     
La conscience populaire se caractérisait, en dépit de sa modestie, par un degré élevé d'impulsion et de préparation et les arguments du savoir et de la plume n'étaient pas moins percutants que ceux des armes.     
La génération des universités et des écoles, les hommes de savoir,  quand bien même leur nombre fut-il réduit et leurs moyens limités, étaient  nourris des valeurs de libération et des vertus de l'ardeur et de la révolution,  scrutant l'instant éternel qui verrait la communion entre la décision de la révolution et la volonté des peuples.    
Telle fut la vérité, puisque la décision d'engager la bataille pour  être en phase avec la volonté de la nation, est devenue l'objet de luttes  amères, certaines endogènes ayant pour motif la politique et les mentalités  façonnées pour instaurer la peur et faire écho aux allégations sur un prétendu  empire invincible, et d'autres exogènes, résultant de conditions et de tendances,  consacrées par l'idéologie “eurocentriste” et contredite par la dialectique  des mutations survenues sur la scène des nouvelles relations internationales, après les deux guerres mondiales.     
L'Algérie a fait face à son destin, telle une embarcation prise dans des tempêtes déchaînées, mais le destin l'a gratifiée de leaders, qui se sont  départis de toute peur et qui ont préféré la vie au côté de l'Eternel à celle  éphémère d'ici-bas, fermement attachés, qu'ils étaient, au droit et armés   de volonté, faisant du martyr une médaille dont ils ont orné le cours  de l'histoire et un tribut pour la liberté de l'homme en tout lieu et en tout  temps.    
La jeunesse instruite, en dépit de son jeune âge, a accouru pour prendre  en main sa destinée et choisir les voies justes garantissant la concrétisation  des attentes du peuple et des aspirations des générations à la liberté et à  la souveraineté et pour l'édification d'un Etat moderne.    
L'occupation, avec sa mainmise totale sur les potentialités du pays,  son échec en tant qu'idéologie négationniste, ne pouvant engendrer que misère  et injustice, ne générant que révolte et séparation, entre deux peuples, deux  histoires et deux destins différents, était d'une ampleur telle qu'une insurrection,  une rébellion ou une révolte passagère ne pouvait en venir à bout.    
Son ampleur n'avait d'égale que les millions de victimes et les millions d'hectares confisqués, spoliés par les colons avec les armes de l'autorité centrale de l'Etat occupant. Une ampleur qui ne saurait être mesurée que par  les nombreuses décennies d'analphabétisme, d'obscurantisme, d'extermination,  de paupérisation, de déportations, d'expulsions et d'effacement programmé de l'identité nationale.
Nul n'aurait cru qu'une poignée d'hommes patients, enfants du courant nationaliste parviendraient à marquer leur époque et à  investir et à modifier le cours de l'histoire, pour un lendemain meilleur et  pour une aube nouvelle, tant attendue par le peuple qui aspirait à briser les chaînes de l'oppression et à recouvrer sa liberté et son identité.

Mesdames, Messieurs  

  
Si l'histoire devait un jour rendre justice à la génération de Novembre, il serait juste de reconnaître les contributions et les expériences accumulées tout au long de l'histoire, outre ce que la conscience collective de la  nation avait capitalisé, et qui avaient engendré de valeureux révolutionnaires.     
Cette riche capitalisation a donné naissance, avec le temps, aux élites nationales qui ont convergé dans leurs tendances confessionnelles, dans leurs  référants culturels et dans leur objectifs politiques, pour former un front commun, réconciliant les idées avec les principes de libération et de souveraineté,  poussant chaque responsable de parti à abandonner sa formation politique et à renoncer à toute tendance partisane, pour emprunter la voie de la  libération.    
Ainsi, tout un chacun fit de la faiblesse, source de force et de la division, source d'unité, la Révolution avait alors tendu ses bras à tous le peuple algérien,  qui, assoiffé de liberté et mû par la foi en une vie digne, accourra pour  soutenir la glorieuse Révolution, qui gagna le soutien d'hommes venus d'horizons lointains en embrasser les idéaux.   
Les étudiants, les élèves et les intellectuels eurent un rôle de premier plan au sein de la Révolution. Nous ne devons jamais oublier que l'occupant, n'avait cessé, comme vous le savez, dès la spoliation de la souveraineté de ce pays, à combattre le savoir  et les savants. Il a proscrit aux enfants de la nation l'enseignement et les  connaissances, mettant en pratique des expériences d'occupation les plus hideuses  de l'histoire, à travers la légalisation de l'analphabétisme et de l'obscurantisme,  la consécration de la culture de l'oubli, de l'effacement et de la falsification  de l'histoire et l'interdiction du savoir par tous les moyens.    
Aussi, l'Algérie a-t-elle connu une situation de sous-développement,  unique en son genre du fait de l'interdiction à l'homme d'acquérir le savoir,  et les tentatives de transformer l'être humain en bête sauvage en le repoussant  dans des contrées éloignées des villes et de la civilisation. Dès lors, la réaction du peuple ne s'est pas fait attendre puisque  tous les courants du mouvement national s'activaient à construire des écoles  et à dépêcher des délégations à l'étranger, notamment vers le Machreq et certains pays du Maghreb arabe qui étaient des pays nationalistes sous un régime de  protectorat, à l'inverse de l'occupation sous laquelle ployait l'Algérie, l'émigration était alors le moyen de contrecarrer le projet obscurantiste et de faire face  à la politique de discrimination raciale et d'effacement des composantes et des constantes de l'identité algérienne.
Cette résistance ardente et enthousiaste a marqué les Algériennes  et Algériens tout au long de l'histoire, et l'UGEMA ne sera pas pionnière dans ce parcours extraordinaire, mais aura été précédée, depuis les années vingt,  de plusieurs autres tentatives qui tendaient toutes à établir un cadre autour  des étudiants algériens au sein duquel ils pourront s'exprimer, imposer leur existence et affirmer leur spécificité historique, leur appartenance, leur identité,  leur objectif et leur devenir.      
Cependant, toutes ces tentatives s'étaient soldées par un échec devant l'obstination d'un colonisateur persuadé que tout cadre d'organisation professionnel,  social ou politique consistait une véritable menace pour son existence car il ébranlait ses fondements reposant sur l'asservissement et l'injustice.     
Dans leurs tentatives multiples de capter les étudiants algériens qui fréquentaient leurs universités dans le seul but de servir leurs desseins, et  ce depuis la fin du XIXe siècle, les cercles coloniaux n'ont pu ni altérer la  mentalité estudiantine algérienne ni avoir le contrôle de leur intellect,  hormis quelques sphères limitées et isolées qui n'avaient point d'influence ni sur le milieu estudiantin  ni au sein de la société algérienne.     
Et parmi les étapes importantes ayant marqué les organisations estudiantines,  notamment en France, il y a lieu de citer celle qui a vu la tenue du congrès de  Grenoble en 1946, sanctionné par l'adoption de « la Charte du syndicat estudiantin »  international donnant ainsi forme à des idées syndicales devenues de suite des  idées politiques qui ont posé avec acuité le problème de la souveraineté nationale.
 C'est alors que les étudiants français y voyaient une orientation dangereuse  et une déviation du tracé établi pour cette intelligentsia par les colonisateurs  qui voulaient en faire « un état-major d'intellectuels algériens musulmans qui assumerait une médiation entre la politique coloniale française et les autochtones  algériens », comme énoncé par Jules Cambon au nom de tous les colonisateurs.     
Nombreux furent les écrits sur l'assimilation d'une société authentique  à une société intruse dans toutes ses spécificités  allant ainsi à l'encontre de l'histoire de l'humanité et des valeurs de l'homme.    
Les étudiants algériens, en tant qu'individus et volontés libres, n'ont  pas attendu mai 1956 pour rallier les rangs de la Révolution. Les autres attendaient  les instructions de la direction du Front de libération nationale pour quitter les bancs des écoles et des universités.     
L'UGEMA a réussi, en un temps record, à canaliser l'ensemble des  courants partisans et intellectuels parmi les étudiants en Europe en vue d'une  adhésion à la lutte armée. Le rythme de la révolution, l'ampleur de la répression  coloniale, les actes de représailles à l'encontre des populations désarmées et l'exécution d'étudiants tels le martyr Belkacem Zeddour a accéléré le ralliement  des étudiants autour de la Révolution.
La déclaration historique de l'Union, rédigée par des hommes qui avaient soif de liberté, qui avaient souffert de l'oppression dont était victime la nation, était un vent soufflant espoir et espérance. C'est alors que les étudiants ont refusé les diplômes universitaires délivrés par des mains maculées  de sang d'hommes libres et d'innocents et choisi le sacrifice au champ d'honneur.          
Des jeunes, à la fleur de l'âge, ont quitté les bancs des écoles pour  aller renforcer les rangs des révolutionnaires donnant ainsi une empreinte nouvelle à la Révolution tant leur apport scientifique et culturel était important. Ils  apposèrent un cachet particulier à la lutte armée et à l'action médiatique,  politique et diplomatique.           
Une vérité implacable s'est imposée aux colonisateurs, la glorieuse Révolution multidimensionnelle a articulé les rêves et aspirations des masses autour d'un même objectif qui a mobilisé les jeunes, les intellectuels, les analphabètes et les étrangers. Une mobilisation qui devenait difficile à réprimer  comme ce fut le cas depuis Ahmed Bey et l'émir Abdelkader, cheikh Amoud et le  soulèvement de mai 1945.     
La génération des étudiants a encadré la majorité des institutions de la Révolution et assumé des missions délicates toutes soldées par des victoires  cinglantes, grâce aux compétences qu'elle recelait. Des compétences qui ont fait  don de leur vie, les autres ont poursuivi leur rêve, voire leur marche vers  la liberté et l'édification de leur Etat-nation.           
Ainsi, ils furent la cible première de l'ennemi et firent l'objet   d'assassinats, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Vibrant hommage à ces  jeunes, armés de résolution et d'abnégation, préférant la mort digne et noble à la vie servile et soumise. Des jeunes qui réalisèrent vite que l'avenir  se définit par la volonté des peuples et la justice et non par la force et  la domination, et que le colonialisme n'est que leurre et illusion entretenus  par les chars et les avions et alimentés par la propagande et les conspirations. Ils prirent aussi conscience que la liberté est une lanterne éternelle qui  éclaire par le sang pur des martyrs en dépit des malveillances, du bruit assourdissant  des engins de guerre, des fils barbelés, des centres d'emprisonnement, des  assassinats de la Seine, des essais nucléaires, chimiques ou bactériologiques,  mondialement prohibés dans le désert algérien et toute forme d'extermination,  de répression ou d'anéantissement.

Mesdames et messieurs,
Honorable assistance, 
 

 
Je vous invite aujourd'hui, à une halte pour souligner les valeurs de  noblesse et de grandeur qui rarement se réunissent en un seul événement.  Si l'événement en soi était naturel, dicté par la conjoncture et les intérêts  de l'époque, inhérent à une position antique du colonialisme, se concrétisant  à travers les ans via diverses tentatives du peuple algérien pour se faire entendre, par tous les moyens, dans la quête de sa délivrance, c'est à l'organisation  et à l'action collective que revient le mérite d'atteindre le but recherché.    
Une telle rencontre suscite, en mon âme, divers sentiments et ravive  des images complexes et émouvantes.      
Et voici l'image de l'Algérie, cette chère patrie, telle une mère, meurtrie dans sa chair tout au long des étapes de l'occupation, car frappée dans ses points vitaux, à savoir sa jeunesse, en général, et son élite intellectuelle, en  particulier. Elle a su cependant, toute lasse et éreintée qu'elle était, rassembler  ses enfants, en leur prodiguant tous les soins et en les entourant de toutes les prévenances en vue de les voir mûrir et se mobiliser pour le jour décisif.         
Dans une étreinte spectaculaire, elle leur prodigua attention et affection,  et une fois qu'elle a commencé à se rétablir, elle s'empresse de leur assurer enseignement et instruction et leur ouvrir les portes du savoir en vue de  les délivrer des ténèbres de l'ignorance et de l'oppression infligée par un  colonialisme ravageur qui s'est juré de substituer, en vain, son identité à la  leur.    
Il est difficile d'affranchir l'esprit de cette image tant sont lourdes  les souffrances de notre société pour l'acquisition du savoir et des connaissances  et qui ne sont pas moins importantes que celles subies sous la tyrannie et  le despotisme du colonisateur.         
Notre société a, en effet, puisé dans ses réserves se livrant à toutes  les privations et austérités, en vue de supporter les frais de l'instruction d'un membre, ou deux tout au plus, de chaque famille.
A ces souffrances viennent  s'ajouter les affres de l'exil pour la quête du savoir. Plusieurs familles ont  enduré la douleur de la séparation et de l'éloignement, synonymes d'exil et de désespoir quant au retour. Qui pouvait se prémunir des imprévus du temps et des vicissitudes de la vie ?  
L'atmosphère morose qui régnait dans notre pays et qui ne peut  être rééditée dans ses détails, constituait une réalité brûlante pour tous ceux  qui ont  vécu cette période. Nous avons vécu une partie de cette tourmente comme l'ont vécue nos ancêtres sur cette terre bénie de résistance, en ce sens  que nous avons pu estimer à leur juste valeur les sacrifices de nos pères et mères pour que nous puissions bénéficier d'une place à l'école, voire d'une  place dans une zaouïa, une classe coranique ou une cave où l'on nous enseignait,  secrètement et loin des regards, le Saint Coran qui nous a protégés de la dénaturation.      
C'est une halte de contemplation, une occasion qui nous replonge dans  notre passé, récent et lointain, afin de nous porter à nous incliner, plein de considération et de respect devant nos pères et mères qui ont consenti de  lourds sacrifices, non seulement pour calmer, un tant soit peu, notre faim mais  aussi pour assouvir notre soif de savoir, de connaissances et de religion. Cet  hommage est également rendu à nos enseignants, ces moudjahidine de  l'ombre qui n'ont ménagé aucun effort pour transmettre leur message sacré et diffuser leurs savoir et vertus, immunisant tous leurs disciples qui se sont  abreuvés des sources pures de leur savoir.      
C'est l'une des images de l'Algérie qui nous revient en cette occasion, image qu'il nous est impossible d'oublier tant que nous vivrons de par l'énergie et la hargne qu'elle nous inspire en vue de poursuivre, en compagnie de nos  concitoyens, nos efforts pour rompre définitivement avec ce passé sombre. Nous  aimerions, en outre, que la génération actuelle prenne conscience de cette vérité  pour se doter d'une vision éclairée.  C'était la position des étudiants algériens qui étaient à la hauteur  des espérances, investissant la lutte et s'acquittant, ainsi, de leurs dettes  envers leur nation qui les a portés à bras-le-corps en vue de leur permettre  de puiser dans les sources du savoir. Il se sont, à l'instar des autres franges  de la société, défendus admirablement. Ils se sont abreuvés de la sève nourricière d'une mère séculaire et immémoriale en passant entre les mains des moudjahidine  et des hommes de l'ombre qui leur ont inculqué ce qu'ils n'auraient pu trouver dans un livre ou une école.    
Ils leur ont fait puiser dans une source intarissable et une mémoire dont le secret n'est pas ouvert au premier venu. Ils leur ont ouvert des portes inédites ainsi que de vastes horizons de la connaissance en ce sens que leur  enseignement est étroitement lié à l'entité nationale et l'édifice collectif qui mobilise toute une nation à même d'ériger un ensemble inédit donnant lieu  à une fresque qu'est l'Algérie telle quelle le mérite.      
La Révolution a trouvé en le corps des étudiants, notamment, les anciens qui ont abandonné leurs études pour embrasser, en masse, l'action révolutionnaire  qui souffrait d'un manque flagrant en matière de gestion, d'organisation et de représentation, domaines que le colonialisme nous a empêchés d'investir et  amasser l'expérience requise pour y exceller. Il est, toutefois, important de  souligner que les intellectuels et les étudiants algériens ont investi ces domaines et montré toute l'étendue de leur talent.

Mesdames et Messieurs,


En tant qu'étudiants ayant bénéficié d'une certaine attention, nous  étions entrés dans une vie difficilement supportable, tant elle était rude pour  nous autres qui, malgré les vicissitudes, avions été amenés à composer  avec les livres et les idées, ce qui nous avait procuré une certaine facilité  de vie que nous n'avions point demandé, mais qui était là. Cependant, le  climat de lutte, de solidarité et de cordialité nous a encouragés, tout  particulièrement les plus jeunes d'entre nous, à braver tous les dangers. C'est dans ce climat que nos consciences ont été éveillées, que nos  sentiments de fraternité et d'amour ont submergé le grand cœur de l'Algérie  que nous chérissons  tant. Ce cœur dont nous avons puisé amour, affection et  entraide alors que le combat battait son plein.     
En nous nous remémorons ces douces années, et en passant en revue ces  étapes de notre vie de militants, nous ne cherchons nullement à nous vanter  devant ceux qui n'ont pas connu ces moments ni vécu ces expériences, fussent-elles  douces ou mélancoliques. Nous voulons leur présenter une expérience de vie et  la marche de toute une nation qui ne pouvait avancer n'étaient-ce les efforts  de tous les fidèles à ce pays. Je dis bien tous les fidèles et non certains car tous ont contribué, chacun avec ce qu'il pouvait, à l'édification nationale  à laquelle nous avons pris part dans la poursuite des efforts de ceux qui nous ont précédés pour défendre notre chère patrie.          

Mesdames et Messieurs,


La célébration de cet évènement se veut un hommage de reconnaissance et de fidélité aux enfants dévoués de l'Algérie qui l'ont portée dans leurs  cœurs et l'ont défendue par les armes et par la plume, par les mots éloquents  et par l'action sincère. Nous espérons, à travers cette commémoration, tirer  tous les enseignements, œuvrer à faire primer la raison sur les sentiments  et puiser dans notre passé les facteurs de réussite et de victoire.       
Une telle démarche conduit incontestablement à l'évidence que la victoire  ne fut possible que grâce à une condition, à une seule : l'amour de la patrie.
 L'avenir de l'Algérie est tributaire de nos jeunes intellectuels  doués et enthousiastes auxquels l'Etat accorde tout son intérêt et son attention.  Aussi, veillons-nous à leur assurer un avenir radieux, pour peu qu'ils apprécient  les efforts de l'Etat, de la nation et du peuple à leur juste valeur et qu'ils en tirent avantage pour le développement et la prospérité du pays.     
Le développement étant notre objectif. Il est aussi celui du peuple. Et vu que l'Homme en est le moyen, et la fin en même temps, il devient alors  incontournable que le meilleur procédé pour le développement reste la mobilisation des ressources humaines et matérielles.     
Il va sans dire que la jeunesse est l'élément le plus vital parmi les forces humaines, le bras fort et le garant de la pérennité de ce développement. On ne saurait, toutefois, procéder à une comparaison entre une génération et  une autre lorsqu'on sait que chacune a ses propres spécificités et chaque époque ses caractéristiques.         
Cependant, une complémentarité et une continuité entre les générations  s'imposent, car si les générations modernes ont eu de plus fortes chances d'accéder  à la connaissance et au bien-être et d'exprimer leurs préoccupations et aspirations, leurs aînées jouissaient, quant à elles, de hautes valeurs et de qualités nobles  car imprégnées d'un sentiment patriotique généreux en dépit de la pauvreté  et de l'analphabétisme qui prévalaient du fait de l'injustice du colonisateur.      
Ces conditions n'étaient pas pour empêcher ces générations de faire  passer l'intérêt du pays avant le leur. Les jeunes faisaient montre d'une maturité hors pair pour subvenir aux besoins de leurs familles, contribuer au développement de leurs pays en tant que militants ou moudjahidine et libérer leur pays du  joug colonial.           
Faut-il encore rappeler que la Révolution a aussi été conduite par des jeunes d'un niveau scientifique et social modeste, mais jouissant de nobles  valeurs d'entraide sociale, de respect de la science, des savants, de la femme  et du prochain.    
Si le sentiment nationaliste et enthousiaste a faibli de nos jours,  il convient de lui substituer le sentiment de citoyenneté qui prescrit à l'individu son devoir envers sa société et son pays moyennant des avantages et atouts,  d'où l'équilibre de l'équation des droits et devoirs.     
Il m'est pénible de rappeler les lourdes responsabilités assumées par  l'Etat pour l'éducation et la formation de générations d'étudiants et d'éminents  chercheurs hautement qualifiés dont la plupart ont choisi de servir d'autres  pays causant à tous points de vue une perte pour le peuple et la nation et une  saignée de matière grise et de bonnes volontés. Aujourd'hui, alors que toutes les conditions sont réunies pour que ces  chercheurs et étudiants puissent évoluer professionnellement dans leur pays,  nous les appelons à servir avec dévouement leur mère-patrie et à contribuer  à son développement afin d'assurer la prospérité des Algériens et Algériennes  et leur permettre de vivre fiers et dignes.
Le travail de reconstitution de la mémoire représente pour les  nations qui ont connu les affres de la colonisation, comme l'Algérie, un défi majeur qui exige toutefois d'être relevé si nous voulons que les générations futures soient les acteurs effectifs, conscients de leur passé et de leur avenir.  Des acteurs qui véhiculent l'Histoire telle qu'elle a été édifiée, l'Histoire  que notre génération doit écrire est un trésor précieux que nous léguerons aux générations montantes afin qu'elle éclaire leur chemin vers la construction  de leur propre avenir.           
L'Algérie jouit aujourd'hui de sa pleine souveraineté recouvrée et de ses valeurs historiques essentielles. L'Islam est la religion de l'Etat à l'instar d'autres religions pour d'autres Etats.    
La culture arabo-musulmane — que les étudiants musulmans algériens ont farouchement défendue sous le régime colonial et dont ils ont consacré l'aspect  essentiel, prioritaire et primordial à la création de leur organisation, l'UGEMA — constitue avec l'amazighité, le creuset de l'identité nationale de l'Algérie. 
L'amazighité étant partie intégrante de cette identité et les Amazighs étant nos ancêtres. L'Histoire est témoin qu'ils ont été parmi les acteurs les plus efficients et parmi ceux qui ont grandement contribué à la consécration de la  culture arabo-musulmane.      
La jeunesse algérienne peut être fière, à juste titre, de ce que l'Algérie  indépendante a réalisé à son profit afin de garantir un avenir heureux et paisible  pour notre nation. La jeunesse algérienne peut être fière de la création de  l'Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens dans la perspective de servir  la Révolution du 1er Novembre 1954 et de leur patrie. La Révolution algérienne  constitue, à l'instar de toutes les actions grandioses qui gratifient l'humanité,  un tout indivisible. C'est l'ensemble de ce qui a été entrepris par cette Révolution,  indistinctement, qui en fait sa gloire suprême.      
L'UGEMA, de par sa pleine contribution à l'écriture des plus prestigieuses  pages de notre histoire, mérite, de notre part, toute la reconnaissance. Chaque  membre de cette organisation, qu'il soit parmi ceux que Dieu a gratifié du martyr  ou de la vie, mérite toute la gratitude et la considération.

Mesdames, Messieurs


Notre attachement à notre passé n'est pas fortuit. Il émane de notre souci de poursuivre notre chemin et de renforcer nos repères et nos acquis.  Le passé constitue la semence du présent et le fruit du futur. Par ces hauts faits notre peuple a su, comme vous avez pu le constater lors du référendum  sur la réconciliation nationale, surprendre le monde après qu'il eut vécu une  période sanglante et après que le monde eut cru qu'il s'est effondré.
Il a pu ainsi renaître de ses cendres, encore plus fort et plus déterminé que jamais, comme il l'a toujours prouvé par le passée.
Cette victoire franche de la réconciliation nationale se veut  un augure irréfutable d'une philosophie de paix et de quiétude qui se répand  de par le monde. Elle se veut un présage de la culture de réconciliation et d'entraide, une voie juste sur la manière de faire face au fléau du siècle  qu'est le terrorisme aveugle transfrontalier.       
La haine et la rancœur se sont dissipées, grâce à Dieu le Tout-Puissant. La main de la fraternité, de la réconciliation et du pardon a été tendue.  La loi, seul arbitre, a suivi son cours normal. Ceci a permis à l'Etat de faire de cette mesure une clé de clémence à même de dépasser la fitna et l'animosité  et réaliser la paix et la béatitude.      
La charte de la paix et de la réconciliation, qui est une initiative  civilisée à l'instar de toutes les autres initiatives audacieuses retenues par  l'histoire de l'humanité, n'est rien d'autre qu'un instrument, voire un moyen  procédural pour la réalisation de la paix. La réconciliation en soi, ne saurait se concrétiser en un temps très court car, elle est un engagement moral, religieux, social et civilisé que l'on s'emploie à inculquer et réaliser.

Elle ne se traduira que par le comportement et la conduite, et comme je vous ai invité, hier seulement,  à voter, confortés de votre ferme conviction, je vous invite aujourd'hui encore,  à porter ces valeurs de réconciliation, de paix, de fraternité, de compréhension  et d'entraide très haut pour en faire un projet global pour une société authentique  qui s'achemine droit vers une renaissance spectaculaire, tant attendue mais qui n'a pu être réalisée pour des raisons multiples que je ne pourrai citer en cette  occasion.    
Nous ne prétendons point innover dans cette démarche, mais voulons rétablir de l'ordre dans l'action, et concilier entre les différentes idées et visions et entre l'aspiration et l'effort pour pouvoir atteindre un point important de l'histoire. Un point que l'on pourrait appeler rupture sociétale  avec un passé falsifié en libérant la nation des idées fausses, en débarrassant ses références de toute déformation, en corrigeant ses méthodes, en raffermissant  ses liens et en aiguisant ses goûts à même de réaliser cette rupture que les philosophes s'accordent à dénommer « rupture cognitive » qui émerge grâce à une prise de conscience exceptionnelle et qui intervient à un moment historique  tout aussi exceptionnel, seul a même de s'ouvrir sur un ère nouvelle.       
Le langage que je tiens, depuis que le peuple m'a investi de sa confiance  en 1999, s'est toujours caractérisé par la franchise et la sincérité que vous  connaissez. Je suis ainsi resté attentif aux préoccupations de la nation, à qui  j'ai recours chaque fois qu'il s'agit de questions d'avenir. Je le dis et je  le réaffirme en toute sincérité : il n'y a pas d'avenir pour l'Algérie en l'absence de paix et de réconciliation nationale. 
     
Enfin, je tiens à exprimer toute ma considération pour cette initiative engagée qui s'inscrit dans les pages glorieuses de notre histoire et qui tend  à prémunir les générations futures en leur enseignant les valeurs d'abnégation  et de dévouement au seul service de la patrie et pour la préservation de ses  grands acquis.      
Je souhaiterais que nous travaillions, ensemble, pour réaliser le développement  et le progrès de ce pays cher et de ce peuple digne. Je n'omettrai pas de m'incliner  à la mémoire des martyrs qui se sont sacrifiés pour l'indépendance. Je salue avec considération, dignité et reconnaissance tous ceux  qui contribuent à la réalisation de cet objectif, priant Dieu de leur accorder santé et bien-être et puisse Dieu guider notre jeunesse vers davantage de bien -être et de prospérité. »



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